02/03/2008

Atelier Au Bord Elles - Mardi 26 février - Violette Leduc, la bâtarde - 30 min

LECTURES: 
Extraits de Thérèse et Isabelle [1], roman érotique :   
« Ma bouche rencontra sa bouche comme la feuille morte la terre. Nous nous sommes baignées dans ce long baiser, nous avons récité nos litanies sans paroles, nous avons été gourmandes, nous avons barbouillé notre visage avec la salive que nous échangions, nous nous sommes regardées sans nous connaître.»   
 

&      

« Isabelle allongée sur la nuit enrubannait mes pieds, déroulait la bandelette du trouble. Les mains à plat sur le matelas, je faisais le même travail de charme qu’elle. Elle embrassait ce qu’elle avait caressé puis, de sa main légère, elle ébouriffait et époussetait avec le plumeau de la perversité. La pieuvre dans mes entrailles frémissait, Isabelle buvait au sein droit, au sein gauche. Je buvais avec elle, je m’allaitais de ténèbres quand sa bouche s’éloignait. Les doigts revenaient, encerclaient, soupesaient la tiédeur du sein, les doigts finissaient dans mon ventre en épaves hypocrites. Un monde d’esclaves qui avaient même visage que celui d’Isabelle, éventaient mon front, mes mains. "
 Violette I

Sur elle 
:
Violette Leduc : femme laide, bâtarde, pleureuse chronique, assoiffée de luxe, voleuse à l'étalage, trafiquante durant l'Occupation, vestale des homosexuels littéraires, mendiante, humiliée, passionnée, le vampire est toujours à son poste. Le vampire qui l'ampute de sa chair, refuse ses manuscrits. Violette Leduc est écrivaine. Sa route croisera celle de Jean Genet, de Maurice Sachs, d'un mari castrant, d'un psychanalyste, de travestis, d'un racoleur. Sa route croisera celle de Clara Malraux, de Nathalie Sarraute et surtout de celle dont elle est affamée, qui l'encourage, Simone de Beauvoir. Violette Leduc écrira jusqu'à la fin car elle a fait le serment d'avoir la passion de l'impossible.
 
Extraits de La Bâtarde : la batarde
Sur elle-même
 :
« Mon cas n'est pas unique : j'ai peur de mourir et je suis navrée d'être au monde. Je n'ai pas travaillé, je n'ai pas étudié. J'ai pleuré, j'ai crié. Les larmes et les cris m'ont pris beaucoup de temps... Le passé ne nourrit pas. Je m'en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m'ont torturée. J'aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier. »
 
Sur une aventure amoureuse avec un agent de police pour tromper sa solitude :
« Je retrouvais souvent un grand jeune homme brun à la moustache brune genre acteur moderne de cinéma auquel je donnais vingt-cinq ans. Il me regardait avec douceur, avec insistance. Je suis grande, sa taille me faisait un peu peur, son manque d'expression m'ennuyait à l'avance. Il se décida à me parler, il sortit chichement l'argent de son porte-monnaie pour payer notre tasse de café. Je devinais que je n'avais rien à redouter. Je lui dis qu'il pourrait venir dans ma chambre puisqu'il insistait, puisqu'il souffrait, disait-il impassible. Il y est venu et moi je l'avais oublié. Je fus flattée. Rien à boire, rien à manger. Il m'offre une cigarette, il dit que la patronne de l'hôtel est gentille, qu'il espère que je serai gentille aussi. Et puis, timide, il fait salon. Irrésolus, nous écoutions Paris dans l'encadrement de la fenêtre ouverte. Paris se prélasse, ses autos se promènent ici et là. « Je ne vous dérange vraiment pas ? » « Je vous le dirais. » J'en passe. J'ai posé mes conditions, il est entré dans les draps. Ses grands pieds m'affligeaient. Je me croyais jeune fille malgré le sang, la force d'Isabelle au dortoir, je me voulais jeune fille jusqu'à la fin du monde. C'était mon patrimoine, c'était mon immortalité. Je lui tournai le dos, je le forçai à prendre son plaisir ainsi. Un peu de trouble de l'arrière à l'avant me donna la nostalgie du plaisir. Comme un clairon jouant au loin dans le brumes d'un étang. Il poussa le gémissement pour la délivrance, il me bouleversa. Il semait quand même le grain dans les sillons. Délivré de sa semence, il demanda à venir dans mes bras. Loin de ma toison, loin de son sexe. » Violette II

Un passage de La Bâtarde exprimant son étonnement, ses doutes, le vertige qui la saisissent à un moment-clé de sa vie
: « Je sortis de la salle de rédaction, la ville me montra ses griffes. Toi écrire oh la la parlons-en chuchotèrent dans mes yeux les paillettes d'un escalier de métro. Tu passais, nous existions. C'était cela te mettre à écrire avec tes petits yeux. Maintenant que tu nous vois, tu te prends au sérieux. Je vous décrirai. Tu n'en seras pas capable. C'est vrai, je ne vous voyais pas. Tu commences à nous exploiter. (...) Tu n'as rien à dire, les images sont dans leurs nids. N'assassine pas cette chaleur en haut d'un arbre. Les choses parlent sans toi, retiens-le. Ta voix les étouffera. » 

Sur son ex-mari, Jacques Mercier : l’amour « à la sodomite » Un passage inédit de Ravages qui évoque dans les moindres détails et avec une crudité cocasse ces accouplements « forcés », elle a avorté d’un enfant de lui à 5 mois et demi :
« Il ne savait pas viser avec son sexe. (...) J'attendais, je patientais, j'étais satisfaite de me donner et de garder la face féminine de mon corps. (...) Il se plaça, il entra, puis il m'agrippa aux épaules pour s'enfoncer dans un fourreau plus étroit que celui du sexe. (...) Il m'emplissait de grenaille, d'éclats de guerre. Ce lent enfoncement était une force de mystère. Je serrais si fort Marc en moi que ma chair le possédait. »violette chase amour

Plus? www.violetteleduc.com
 

Contrainte : 
«Si une femme décrivait ses sentiments tels qu'elle les éprouve, aucun homme ne l'éditerait»    
                                                                          
Virginia Woolf
&
« Les femmes ont raison de se rebeller contre les lois parce que nous les avons faites sans elles »     
                                                                        Montaigne
 


Assimiler la déchirure originelle, panser sans cesse la béante blessure de son sexe féminin, partir à la chasse à l'amour, être « Un désert qui monologue », subir la censure de l'estime, envoûter le désespoir,    étouffer sa voix dans le dégoût…  
Voici les partis pris de Violette Leduc, femme auteur(E) « éternellement » contemporaine, aïeule de styles mélangeant la frénésie poétique de Nina Bouraoui, la violence verbale de Linda Lê, le strip-tease littéraire d’Annie Ernaux, la fantaisie décalée d’Amélie Nothomb, la fièvre stylistique de Rochelle Fack, le lyrisme exubérant de Lorette Nobécourt, la folie dure de Christine Angot, la froideur de Valérie Mréjen, la neutralité de Catherine Cusset…

Composez à votre tour un texte (poème ou prose ou les deux) décortiquant la violence du désir et la complainte de l’abandon, teintez votre écriture de ce besoin d’être aimé(e), désiré(e).
Soyez une femme déchaînée… cri

Portez le costume de ma femme bafouée ou haineuse qui se bat, qui se libère par les mots, les attaques, les coups et les mots forts ou de la femme ironique qui se joue des atouts que l’homme lui alloue dans les mythes et les écrits ou  femme symbolique qui engendre dans la douleur et meurt dans le doux leurre…
 
Triturez le genre féminin acide et hagard.  En bref, alliez les clichés s'ils vous font rire, les déclarations de guerre (s'ils vous arrivent de perdre votre sang, froid), dénoncez les catharsis, émancipez-vous, contre l'Homme, les hommes et bien sûr, les autres femmes… (même si votre pénis vous « encombre » aux premiers abords !)

Une satire dénonciatrice, un poème déchirant, une liste de (con)doléances, une anecdote tirée de vos liens personnels, tout est permis, tout autant que le cri (primal [2]?) soit fort et entendu …
  cri primal

 Les titres des livres de VL pour support lexical : L'ASPHYXIE [1946], L'AFFAMÉE [1948], RAVAGES [1955], LA VIEILLE FILLE ET LE MORT [1958], TRÉSORS À PRENDRE [1960], LA BÂTARDE [1964], LA FEMME AU PETIT RENARD [1965], THÉRÈSE ET ISABELLE [1966], LA FOLIE EN TêTE [1970], LA CHASSE À L'AMOUR [1973] & LA TERRE EST TROP COURTE (pièce de théâtre de Josette MARCHESSAULT dont l’héroïne est Violette Leduc), JE HAIS LES DORMEURS. 

Livre sur l'auteur(e) : « Violette Leduc, La mal-aimée » de Colette TROUT HALLLa vie et l'oeuvre de Violette Leduc sont traversées par le désespoir de ne pas être aimée, la hantise de sa bâtardise, l'obsession de sa laideur et la peur de l'échec. Malgré le succès de «cognoscenti» que reçoivent ses cinq premiers livres, elle ne connaît la faveur du public qu'avec La Bâtarde dont la notoriété repose, en partie, sur l'aspect scandaleux de ses révélations. Après sa mort, son oeuvre replonge dans l'oubli. Récemment, des deux côtés de l'Atlantique, on redécouvre l'art incomparable de Violette Leduc. Ce livre, le premier en français à se pencher sur l'ensemble de ses écrits, se propose de continuer à réhabiliter «la bâtarde» en utilisant les acquis des nouvelles perspectives critiques sur son oeuvre. Cette marginale, écorchée vive, a osé parler, dans une langue d'un lyrisme étonnant, des amours féminines. Par l'alchimie de son verbe, elle a transformé la quotidienneté la plus banale en une aventure poétique. La présente étude nous invite à refaire connaissance avec cette outsider qui, comme l'écrivit Jean Cocteau en 1955, «ne fait pas ce qui se fait, mais ce qui se fera». 

Aussi :
Premiers chapitres de CARLO JANSITI sur Violette Leduc et sa rencontre avec Maurice Sachs : http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_jansi.htm



[1] Résumé: Entrées en amour comme on entre en guerre, deux collégiennes se consument au fil des mois. Isabelle, l'initiatrice, mène le sabbat. Thérèse, l'élue, s'abandonne pieds et poings liés à «la galère du plaisir». Bien qu'elles aspirent à «jouir sans trêve», elles pressentent la séparation finale et l'angoisse les éperonne. «Plus vite, plus haut, plus bas, encore...», les ordres se croisent, les corps s'entrechoquent, le vertige gagne le lecteur qui se croyait à tort affranchi par les petites pornographes contemporaines. Violette Leduc, qui a rapporté le feu de sa saison en enfer, les coiffe d'une fière tête.
Lire aussi l’article de Jacques Goulet sur Le Matricule des Anges : http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=9540
 
[2] Arthur Janov développa cette méthode thérapeutique qui s’appuie sur la reviviscence des souffrances du passé. (Références à Freud, Reich & Ottak). La première phase de déroulement de cette psychothérapie ne dure que quelques semaines, durant lesquelles le sujet exprime ses souffrances par l’intermédiaire du contact exclusif qu’il a avec son thérapeute, à l’exclusion de toutes autres relations. Les émotions sont alors librement exprimées. Dans la deuxième phase de la cure, le sujet exprime ses émotions passées dans le cadre d’un groupe. Nous noterons le fait que les émotions libérées peuvent être très puissantes, certaines stigmates du passé pouvant réapparaître. Il convient de préciser que des organisations sectaires, notamment la scientologie, se sont parfois appropriées cette méthode en la détournant, l'utilisant comme une sorte de rite initiatique au sein de la secte.

17:19 Écrit par Milady dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Epuisement
Aime moi, aime toi, aime soi
Sois douce et tais-toi
Tais toi, oui, tais toi
Enferme-toi sous ton toit, sous ton toi sans toit
Accent circonflexe sur le toit ?
Accent circonflexe pour masquer ton toi ?
Pas de chance, pas d’accent circonflexe sur toit
Mais, couverture sur ton toit, couverture sous ton toi
Allez, vas-y, ose, enlève cette couverture qui masque ton toi
Décapote-toi
Regarde-toi
Tu me baises mais m’aimes-tu ?
Regarde-toi
Tu me caresses mais m’aimes-tu ?
Regarde-toi
Tu t’enfonces en moi mais m’aimes-tu ?
Aime moi, aime toi, aime soi
Soie… Sois douce et tais-toi
Sous la soie de la couette tu cherches la soie de ma peau
Mais très vite tu la quittes, tu l’abandonnes
A la soie de ma peau tu préfères la rugosité de ma toison
Pas rasée, pas épilée, …. Pourquoi ?
Tes mains me fouillent, me cherchent
Ne me cherchent plus, me trouvent, me traversent
M’arrachent un cri
Je lâche, lâchement, je m’abandonne
Je goutte
Tu te retires, trop vite
Je ne goutte plus que le souvenir, les vibrations qui s’éteignent doucement telles les cordes du violon
Tu gis à côté de moi, les gouttes perlent sur nos corps abandonnés
Soie humide qui se souvient
Tu gis à côté de moi, ton bâton de jade, appelé pudiquement ainsi, n’est plus qu’un ver amorphe
Je me tourne vers toi
Dépose ma main sur ton corps
Sans réaction
Ta respiration a repris son rythme régulier
La rugosité de l’humidité de nos corps rend ma caresse hasardeuse et chaotique
Je descends le long de ton corps, rencontre ton ver complètement vide
J’en joue, je le bois et plus je le bois, plus il se remplit
Se remplit de fierté
Fierté du cavalier dressé sur son cheval
Je te chevauche, fièrement
Le cheval me monte, non, je ne sais plus qui chevauche qui, qui monte qui.
Cela monte, cela monte
Où est le sommet de cette colline ?
Où s’arrête cette montagne ?
Everest de l’amour, Everest de la baise, je m’abaisse devant toi
Epuisement.

Écrit par : Xavier | 03/03/2008

Macabre, sur l’asphalte glissant de ma peau, son véhicule suivait les courbes de mon corps. Il traversait les croisements, passait dans des recoins où moi-même je n’osais plus m’abandonner. Il m’acculait en s’égarant ainsi sur cette carte où tant d’autres avaient jadis, je crois, perdu leurs chemins. Puis, tout fars éteints, il entrait au plus profond de moi, cette voie sans issues, qui me faisait à mon tour me perdre.

Écrit par : Ox | 06/03/2008

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