26/03/2008

Atelier théâtre (sur)vivant - Novarina & Morgiève à l'auteur honneur - MORGIEVE - Mardi 25 Mars 2008

Atelier théâtre survivant morgièveAtelier "Théâtre (sur)Vivant" - Mardi 25 Mars – Richard Morgiève – portraits populaires – 35 minutes

Morgiève est un auteur théâtral plus que de théâtre si on s’arrête à sa bibliographie, mais chacun de ses ouvrages ouvre une didascalie (une indication de jeu ou de mise en scène rédigée par l'auteur à destination des acteurs ou du metteur en scène) à l’intention de son lecteur. Le langage, le décor, la mise en abîmes des personnages amène toute une scène qui engage le lecteur dans la proximité et la vie à tout prix, comme au théâtre, comme nous sommes pris en otage par la scène.

« La plupart des romans de Richard Morgiève sont des histoires merveilleuses ou déchirées ou cabossées, des histoires où l’écrivain joue sa peau, littéralement, mettant en scène des êtres en souffrance, en déshérence, trébuchant sur leurs fantasmes, leurs solitudes, leurs désillusions, mais débordant d’un incroyable appétit de vivre. »

Lorsque Dominique A. réunira autour de lui quinze auteurs qu’il affectionne particulièrement pour leur proposer d’écrire une nouvelle à partir d’une de ses seize chansons, Richard Morgiève répondra à l’appel, avec Pendant que les enfants jouent.

(nouvelle lue en entier)

Avec son corps avec son corps ses mains avec son corps avec son corps ses cheveux avec son corps ses pieds qu’elle regarde ses ongles qu’elle regarde avec son corps avec son corps sa peau ses genoux la cicatrice là et cette autre-là avec ses plis avec son corps allongé sur le drap sur la couette la tête sur les oreillers-dedans.

Ainsi commence la nouvelle ; un homme parle du corps d’une femme, comme une incantation à lui-même, reconstruit par le mot, la répétition, la ponctuation et son absence, un hymne à l’amour, à l’intime, comme s’il était lui, comme s’il était elle.
Une logorrhée violente, une écriture abrupte, qui ne cache rien et nous mène dans l'auteur. "En conséquence, écrire comme l'exécution de la peine capitale : pour trancher une bonne fois pour toutes le mal."
C'est exactement de cela qu'il s'agit ici. Tous les tourments de Morgiève y passent: la mort, l'amour, l'absence, la sexualité et leurs associés - les turpitudes surtout, et la maladie.
Et tout ne fait qu'un:
Après la mort de mon père on m'a opéré de l'appendicite et une infection s'est déclenchée j'ai porté une bande sur le ventre pendant deux mois: j'étais avorté on m'avait avorté j'avais mon enfant mais il était pourri. J'étais malade du ventre pour mourir du ventre comme elle ?

L'orphelinat – orphelinat: le fait d'être orphelin - est le fondement de l'existence de Richard Morgiève, ce sur quoi sa vie prend appui. Un homme qui grandit s'appuyant sur une absence : quelles sont ses chances ?
Pour l'enfant, on parle d'enfance; pour l'adolescent, on parle d'adolescence; pour l'adulte, on parle d'adultère.
Qui trompe-t-on en grandissant?
À peu près tout le monde, les amis en tout cas, et parfois sa femme :

Et je dis cette nuit-là à ma deuxième femme que je veux coucher avec la femme amie du tantième étage de cet autre immeuble dans cette autre rue et j'y vais et je la caresse elle est immobile debout elle ne dit rien et ça devient intolérable.Je retire mon doigt. (ma vie folle)
(…)
J'ai oublié de dire que j'étais professionnellement lié au mari de celle que j'aimais et on peut comprendre qu'il ait été dévasté par le fait que je fasse l'amour avec celle que j'aimais et qu'il aimait ou avait aimé et cet ami m'avait aidé à être écrivain et je lui prenais sa femme il faudrait être bien tolérant pour l'accepter. (ma vie folle)
(…)
Ou je pouvais essayer de faire l'amour avec l'aspirateur ainsi j'en ai cassé un.
Ma verge dans le tuyau et j'appuyais sur la touche de commande. (ma vie folle)
Et j'ai commencé de temps en temps à boire un peu de mon sperme dans une tasse à café.
(…)
Mes organes, c'est toutes mes certitudes
(Mon Beau Jacky)

CONSIGNE:

Entre horreur organisée et cri de vérité, Morgiève est un auteur de bas-fonds, un "récureur" d'éviers sales, un raboteur d'idées blanches.  L'auteur et l'acteur se fondent dans une dimension intransigeante du nombril qui n'ose pas se montrer alors qui hurle. A la recherche d’une perpétuelle innocence, Morgiève creuse dans les gens comme dans la terre. Affreux, sales, méchants, ses personnages sont autant de reflets de lui-même qu’il combat.

Un exemple ?
« Miracles et légendes de mon pays en guerre » @ Denoël :
« Fin de printemps 40 en France. Sur une des routes de l'exode se traînent à pied un proxénète, Saint-Jean, et trois putes, dont l'une, aveugle, allaite un nourrisson. Mais le bébé meurt et Saint-Jean le remplace par un autre trouvé dans une valise abandonnée. C'est le début d'une folle histoire d'amour entre lui et l'enfant... La petite troupe trouve bientôt son paradis en pleine déroute dans un lieu magique fait de marais et de légendes au bord d'un fleuve. Là, à la Riviera, énorme baraque rouge et biscornue que Saint-Jean transforme en boxon, le petit Pierre grandit avec comme soleils l'ombre noire du mac, la lanterne rouge du bordel et les yeux sans amour de sa mère aveugle... » « Lorsque Richard Morgiève vous embarque à Madagascar ou encore à la Riviera, il vous plonge en plein marais de la ville de Beurque City, au beau milieu des exodés et des exodards, des Renault fuyant les Benz, durant l’année du rat géant de la débâcle… »

En 1995, Richard Morgiève publie chez Calmann-Lévy Sex vox dominam, le récit d’une déchéance, d’une solitude éprouvées dans les tréfonds de la chair. Ce texte constituera le premier opus d’une trilogie de l’enfer avec Mon beau Jacky et Legarçon. Il explore par la suite la souffrance humaine, physique, sexuelle… mais si ses personnages souffrent, ils renaissent dans l’innocence, se coupent de leur état de victime…

A votre tour de réaliser un portrait étincelant d’un être cassé, brisé au sein d’une défaite (guerre, trahison, exil, alcoolisme, rues, …) comme du Zola post-moderne ou du Dickens empathique.
La tourmente doit se faire sentir dans votre langue, dans la forme en plus du fond.

Atelier théâtre survivant Toulouse-Lautrec seule
Biographie:
Richard Morgiève devient très tôt orphelin : sa mère meurt d'un cancer du col de l'utérus alors qu'il n'a que sept ans, et son père se suicide quand il en a treize. Il vit ensuite une adolescence chaotique, au cours de laquelle il se débrouille en dealant du faux haschisch, entre autres activités, avant d'entamer toute une série de petits métiers. Il publie son premier livre, un recueil de poèmes, à compte d'auteur à l'âge de vingt ans mais, honteux et écœuré de devoir payer pour être lu, il s'interdit d'écrire pendant dix ans. Il exerce tour à tour des emplois de débrouille tel fort des halles, employé de bureau, ouvrier, mécanicien, peintre en bâtiment, plâtrier, représentant, colporteur, déménageur de caves, standardiste ou chauffeur poids lourds. Foncièrement autodidacte, Richard Morgiève publie, à l'âge de trente ans, en 1980, son premier livre à compte d'éditeur : un roman policier. Dès lors, il ne cessera plus d'écrire, entamant véritablement son œuvre personnelle avec la publication de son premier roman de littérature générale, Des femmes et des boulons, en 1987. Les cinq premiers romans de Richard Morgiève, publiés de 1980 à 1983, sont des romans policiers qui, à ses yeux, ne font pas véritablement partie de son œuvre, des livres dont il dit que c'était pour lui des tentatives de montrer qu'il savait écrire et user des artifices propres au genre, ce qui le plongeait dans un profond malaise, l'honnêteté et la mise à nu de ses sentiments les plus intimes et les plus profonds constituant ce qu'il a toujours véritablement attendu de son travail d'écrivain

Bibliographie
Romans policiers : •1980 : Allez les Verts, Éditions Sanguine  •1981 : Banqu'à part, Éditions Sanguine  •1982 : Sympathies pour le diable, Albin Michel  •1982 : Chrysler 66, Albin Michel  •1983 : Gare indienne de la paix, Fleuve noir   - Romans : •1987 : Des femmes et des boulons, Ramsay •1988 : Un petit homme de dos, Ramsay •1993 : Andrée, Éditions Robert Laffont •1993 : Fausto, Éditions Robert Laffont •1993 : Cueille le jour, Éditions Robert Laffont •1995 : Sex vox dominam, Calmann-Lévy •1996 : Mon beau Jacky, Calmann-Lévy •1997 : Legarçon, Calmann-Lévy •2000 : Ma vie folle, Éditions Pauvert •2000 : Ton corps, Éditions Pauvert •2001 : Deux mille capotes à l'heure, Éditions Pauvert •2002 : Mon petit garçon, Joëlle Losfeld •2002 : Ce que Dieu et les anges, Éditions Pauvert •2004 : Full of love, Denoël •        2004 : Tout sera comme avant, Verticales •2005 : Vertig, Denoël •2007 : Miracles et légendes de mon pays en guerre, Denoël - Théâtre : •2000 : Tout un oiseau, Éditions Pauvert •2001 : La demoiselle aux crottes de nez, Joëlle Losfeld  •2005 : Mondial cafard, Joëlle Losfeld  - Littérature jeunesse : •2000 : Bébé Jo, Joëlle Losfeld  - Filmographie - Scénariste : Longs métrages o1983 : Légitime violence, de Serge Leroy o1985 : Diesel, de Robert Kramer o1989 : Cher frangin, de Gérard Mordillat o1993 : Fausto, de Rémy Duchemin o1993 : L'Enfant lion, de Patrick Grandperret (superviseur scénario) o1996 : Tiré à part, de Bernard Rapp o2003 : Les Filles, personne s'en méfie, de Charlotte Silvera   - •Téléfilms : o1985 : Double face, de Serge Leroy o1998 : Le Baiser sous la cloche, de Emmanuel Gust   - Acteur : •Longs métrages  o2000 : Une femme d'extérieur, de Christophe Blanc (Serge)  o2003 : Les Filles, personne s'en méfie, de Charlotte Silvera (Serveur au café Saint-Paul) •Téléfilms  o2003 : Une grande fille comme toi, de Christophe Blanc (Francis) o2005 : Quatre étoiles, de Christian Vincent •Courts métrages o2004 : La Baguette, de Philippe Pollet-Villard (Richard)  o2007 : Le Mozart des pickpockets, de Philippe Pollet-Villard (Richard)

Liens externes (visibles sur le blog de l'atelier)

13:38 Écrit par Milady dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.