29/01/2009

Atelier Identité Noire I: "Ecrire Nègre" - 20 & 27 janvier 2009 - Consigne III: Femme Noire

BlackmagicwomanSenghor, Césaire, Paul Dakeyo, Fodeba Keita, beaucoup d’auteurs de la négritude allouent une large place à la femme, comme Senghor dans les poèmes de Ethiopiques, « Femme noire » est sans doute le poème le plus connu de Léopold Sédar Senghor, non seulement parce qu’il rend hommage à la femme noire, à sa beauté et à sa sensualité mais aussi à la vision de l’Afrique et de sa culture par rapport à l’universel qu’il offre sans mesure.     
                                

« Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle

Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais lyrique ma bouche
vénus noire nikki de saint phalleSavane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée

Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains de tes yeux.

Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les racines de la vie.
 »

 

La  sensualité du portrait sous forme de blason (description sublimée du corps) avec un langage riche, connoté de la nature africaine, fonctionne sur le principe de l’analogie entre la femme et la nature (visions animistes). Cette femme comme les autres femmes est porteuse d’harmonie : parce qu’elle est liée à la promesse de fécondité, parce qu’elle est en harmonie avec la nature, liée à la « Nuit », celle qui permet le surgissement  « du monde nouveau », elle est liée à la « re-naissance ».

De Vénus à la Bible, la femme noire belle est liée à la création, à la source de vie. Ici, elle est belle parce que noire, africaine, primale (au sens « première »), elle est Terra Mater, femme par ses attributs, mère par vocation. Senghor estime que la femme est plus perméable à la joie, à la douleur, plus sensible aux courants mystérieux de la vie et du cosmos, telle une reine de Saba passionnée, guerrière et magnifique. Ce poème célèbre la femme noire pour manifester contre certaines vieilles angoisses religieuses comme cette histoire :

« Moïse avait épousé une Kouchite, une négresse, et, dit la Bible, Myriam, la sœur de Moïse, se fâcha, et Dieu lui envoya la lèpre, et, « Myriam devint blanche comme la lèpre ».

black-woman-experienceConsigne (20 min) :
Composez votre hommage à une Mère Nature… Noire ? Sombre ? Illuminée ? Lumineuse ? Aveuglante ? Originelle ? Naïve ? Guerrière ? Universelle ?

(en écoutant Black Magic Woman ? http://www.youtube.com/watch?v=_VaO1ksYlFk ).

Illustrations : Black Venus, Nikki de Saint-Phalle, 1967 & « Portrait de négresse » de Marie Guillemine Benoist (1768 – 1826)

20:44 Écrit par Milady dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Mère Nature
De la nature je ne connais pas grand chose,
Ses cartes postales, ses températures,
Et son vent qui m’empêche de m’abriter sous mon parapluie
Les jours de mauvais temps

On dit pourtant qu’elle est belle à voir,

Mais pour cela il faut acheter un billet,
Prendre l’avion et voler longtemps
Puis monter dans un taxi et rouler encore
Pour se retrouver dans un de ses paysages
Où la mer, la terre, et le ciel enfin se côtoient,

Ou alors il faut prendre sa voiture,
Quitter la ville, sortir de l’autoroute,
Pour découvrir ici et là,
Dans ce qui nous reste de nos campagnes,
Une plaine, une fermette, ou encore une poignée de vaches

Mais je n’aime pas les voyages,
Et les échanges en langue étrangère,
Et je ne suis pas attirée
Par la boue et l’air glacial
De nos routes nationales
Alors je me rends au supermarché,
Là, j’y contemple chaque semaine,
La nature dans la forme ronde et lisse
De ses petits pois au rayon surgelé.


Écrit par : Merel ‘t Hart | 29/01/2009

Blanche et noire Deux femmes rôdent autour de moi, m'encerclent, m'enferment
L'une est blanche, l'autre noire
A moins que ce ne soit l'inverse...
Ma mère et la Nature sont un couple indissoluble
Où la haine et l'amour se disputent la place,
Se disputent mon coeur
Où le souffle des saisons les chasse et les ramène
L'une meurt chaque jour sous la merde et les crachats
Tandis que l'autre s'épuise à donner la vie,
Vie intarissable

La terre est noire et dure mais solide
Sous la neige blanche et douce mais trompeuse

Noire aussi l'écorce des arbres, sillonnée par le temps, travestie par la mousse
Cette écorce qui protège le coeur des arbres comme celui de l'homme et de la femme

La femme en la nature est menteuse qui donne à croire à de l'éternité

Écrit par : jacqueline | 16/02/2009

Fusion Nature sombre dans laquelle j’aime courir, nature qui souffle, sème le vent, embrase le feu. Je suis une enfant devant toi. J’ai tant de questions. Ta beauté me trouble. Au plus près de moi, sous mes pas, les pierres font un bruit de billes, et plus haut, le son des branches fouettent les pensées envolées, les débris d’amours oubliés, libérés, partis rejoindre les moineaux. Au plus loin, les aigles menaçants installés sur les cimes pointues, trônant dans le gris du malheur qui nous hante. Nos drames, nos tragédies, nos noirs espoirs qui peu forts sont tombés dans un gouffre. Les volcans qui explosent, comme nos vies au détour d’événements qui nous perturbent et nous plongent dans le doute. Nature, tu es aussi parfois le malheur qui fait chiffonner les mouchoirs, recroquevillés, ridés sous les humides larmes, nos intempéries, petits vacarmes, épuisés entre nos mains.

Écrit par : Laura S. | 19/02/2009

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