09/03/2009

Atelier Identité noire II : Ecrire Nègre – BlackFace (hommage indirect à Frantz Fanon)

poster_blackfaceLe Blackface et son minstrel show (ou minstrelsy) sont apparus fin des années 1820. Ce spectacle donné par des comédiens et chanteurs blancs qui s’enduisaient la figure de noir puis par des noirs après la Guerre de Sécession pour présenter à un public majoritairement blanc lui-même les chansons, les danses et les histoires comiques des noirs, symbolisées par le personnage de Jim Crow[1], nom d’un personnage de théâtre et d’une danse emblématique du noir : claudication en même temps que virtuosité (voir le film RYZE de David Lachapelle sur le mouvement du KRUMP), couleur partagée par le nègre et le corbeau. Le spectacle de ces comédiens blancs déguisés en Noirs a à peu près fait contre lui l’unanimité de tous les bien-pensants : les gens honorables de ce temps, écoeurés par la vulgarité des mélanges propres aux théâtres populaires, par ces histoires sans moralité, ces déhanchements obscènes (comme Joséphine Baker, seins nus dans sa revue Nègre de Paris, enrobée de bananes autour de la taille) ou ces allusions licencieuses, mais aussi des militants abolitionnistes, soucieux de faire valoir l’égalité des âmes devant Dieu et le Bien, et non de favoriser cet encanaillement.

Les Noirs de ces spectacles apparaissaient comme ignorants, stupides, superstitieux, joyeux, et doués pour la danse et la musique. Les acteurs professionnels délaissèrent le genre vers 1910, mais des amateurs le firent durer jusque dans les années 1950. La montée de la lutte contre le racisme les fit disparaître définitivement.

(cf. film de Spike Lee en 2000, Bamboozled sur deux comédiens blacks fauchés qui relancent le blackface, voir la bande annonce du film qui reprend moult images d’archives : http://www.youtube.com/watch?v=C45g3YP7JOk )

 

Minstrel_PosterBillyVanWareAutour du cliché du noir, 2 passages du livre de Dany Laferrière « comment faire l’amour avec un nègre sans sa fatiguer » : pages 101 à 103 & 131 à 135


Mentions faites aussi des auteurs de ghetto, tels Iceberg Slim, Nathan Heard, Chester Himes, George P. Pelecanos, Sapphire, … lesquels ont décrit avec un réalisme frappant la situation des ghettos (Harlem ou Autres) qui ont nourri paradoxalement les stéréotypes véhiculés par des politiciens et des médias racistes.

 

Un stéréotype, se rapportant à un sujet, désigne :

*   en imprimerie et en graphisme, une copie ou un cliché de ce sujet, "type en relief" obtenu par moulage pour effectuer des impressions rapides et bon marché. Avec la disparition de la typographie ce terme n'est plus utilisé que sous son sens dérivé :

*   en sciences humaines, l'image préconçue, toute faite, de ce sujet dans un cadre de référence donné, telle qu'elle y est habituellement admise et reconnue.

 

Blackface_stereotypes_posterL'usage du stéréotype revient à économiser la réflexion, car il est basé sur des a priori et des poncifs. Ainsi, l'image que le stéréotype donne du sujet tient réellement de la réputation de ce dernier et non pas de faits avérés et/ou prouvés. Le stéréotype relève donc souvent d’une prise de position simpliste et très conventionnelle, pour ne pas dire banale, qui repose sur des « on dit » et non sur des fondements réfléchis et argumentés. Ceux qui véhiculent les stéréotypes partent souvent du principe qu'« il n'y a pas de fumée sans feu », autrement dit qu'un stéréotype correspond nécessairement (en tout ou en partie) à la réalité (par exemple, en constatant que les fonctionnaires sont souvent accusés d'être paresseux, ils en viendront à la conclusion que ces derniers méritent une telle réputation). Ce mode de raisonnement permet à la fois de faire l'économie d'un discours argumenté et de critiquer ce que l'on ne connaît pas.

 

*   Stéréotypes nationaux et raciaux : Axés sur le pays (voire la région) d'origine ou le groupe ethnique. Ex. : Les Noirs africains sont des sauvages, les Arabes sont des voleurs, les Juifs sont radins, les Antillais et les Corses sont des fainéants, les Bretons perdent facilement leur contrôle, les Portugais font le ménage, les Russes sont portés sur la bouteille, les Allemands sont stupides et disciplinés, les Américains sont stupides et gros, les femmes occidentales sont dépravées, les filles de l'Est sont des prostituées, les Grecs sont homosexuels, seuls les Blancs sont racistes, etc.

*   Stéréotypes sexuels : Axés sur l’activité sexuelle, les organes sexuels, les pratiques sexuelles et leurs corollaires supposés. Ex. : Les individus mélanodermes mâles ont un sexe plus gros et grand que la moyenne, les hommes asiatiques ont un sexe plus petit que la moyenne ou les chauves sont plus actifs au lit, les Suisses sont lents, les hommes homosexuels sont efféminés, etc.

*   Stéréotypes sexistes : Axés sur l’appartenance au genre féminin et masculin. Ex.: Les femmes ne savent pas conduire et sont dangereuses en voiture ou les hommes sont des machos, ont le monopole de la violence conjugale etc.

*   Stéréotypes physiques : Axés sur l'apparence physique. Ex. : Les blondes sont stupides, les brunes ont sale caractère, les rousses (et les roux) sentent mauvais, les gros sont joviaux, etc.

 

Proposition d’écriture :

blacked%20band2Vous êtes observateur d’un dialogue entre deux personnages, qu’ils soient accoudés à un comptoir, assis sur un banc public, debout dans une foule, sur la piste de danse ou dans une rame de métro, bref, un lieu public, propice à une expression désinhibée.

 

L’un use et abuse de stéréotypes, d’évocation de lieux communs, d’images d’Epinal, d’idées reçues que vous aurez inventé (en tentant de vous éloignez des clichés connus), l’autre répond par l’attitude que vous préférez, qu’elle conteste, tamponne ou avalise.

 

La forme peut être sous forme de dialogue, direct ou rapporté ou sous forme de récit narratif et descriptif, ce qui compte, c’est la création de nouveaux clichés et la réaction qu’ils produisent.

 

32 min d’écriture – 3 min de relecture – 5 min de lecture – 3 min de commentaires (à peu de choses près). La fin du texte ne doit pas systématiquement avoir lieu pendant l’atelier mais la lecture se fera.



[1] Lire « Jericho-Jim Crow” de Langston Hughes (1964)

22:41 Écrit par Milady dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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